2 mars 2026

Loi Duplomb : Colère paysanne à l’Assemblée

Madame la Ministre, nous vous interpellons…

L’intervention de Manon Meunier à l’Assemblée Nationale ne se limite pas à une joute oratoire ; elle dénonce le cœur de ce que les opposants nomment l’aberration de la « loi Duplomb 2 ». Ce texte est perçu comme un permis d’industrialiser à outrance, facilitant l’installation de fermes-usines en limitant les recours juridiques et en sacrifiant les petites exploitations sur l’autel de la compétitivité mondiale. En privilégiant les volumes d’exportation plutôt que la survie des éleveurs locaux, cette politique acterait, selon ses détracteurs, la fin du modèle paysan français au profit exclusif de l’agrobusiness. C’est dans ce contexte de tension extrême que la députée a interpellé directement la Ministre :

« Madame la Ministre de l’agriculture : attention, vous avez laissé tomber votre sens de l’intérêt général. Si regardez, il est par terre, à côté de votre respect pour les éleveurs ! Votre seule boussole : les intérêts des grands groupes industriels qui font des profits à l’international. Votre seul bilan : toujours moins de paysans. Mme la Ministre, c’est le peuple qui est souverain, pas le Président de la FNSEA. Alors ramassez votre sens de l’intérêt général, ou partez. »

Approfondir la critique de la loi Duplomb 2

Il faut comprendre qu’elle ne se contente pas de modifier des détails techniques : elle change la philosophie même du droit rural français pour l’aligner sur un modèle purement productiviste.

L’aberration majeure réside dans la création d’une présomption d’intérêt général majeur pour les projets agricoles. Concrètement, cela signifie qu’un projet de méga-ferme ou de hangar industriel est désormais considéré par défaut comme bénéfique pour la nation. Cette subtilité juridique désarme les riverains et les défenseurs de l’environnement, car il devient quasi impossible de contester en justice l’implantation de ces structures. La loi réduit ainsi les délais de recours et limite la capacité des juges à suspendre des travaux, créant un sentiment d’impunité pour les plus gros investisseurs.

Une autre critique centrale porte sur la concentration foncière. En simplifiant les transferts de parts sociales dans les sociétés agricoles, la loi facilite l’accaparement des terres par des capitaux extérieurs ou des firmes agro-industrielles. Le résultat est mathématique : on assiste à un agrandissement démesuré des exploitations existantes au lieu de favoriser l’installation de nouveaux jeunes agriculteurs. Cette course à la taille impose un endettement massif aux éleveurs, les rendant dépendants des banques et des prix fixés par les marchés mondiaux, loin de toute logique de souveraineté alimentaire nationale.

Enfin, la loi est fustigée pour son aveuglement climatique. Alors que la transition demande une agriculture plus résiliente, diversifiée et moins gourmande en intrants chimiques, ce texte encourage le maintien d’un modèle intensif. En protégeant ce système contre les « entraves » administratives ou associatives, la loi Duplomb 2 est perçue comme une machine à fabriquer des paysans sans terre et des campagnes sans paysans, où l’agriculteur n’est plus qu’un exécutant au service de la rentabilité de grands groupes.

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