Végétariens… en danger ?

Choisir le combat
On constate deux façons de lutter contre les atrocités animales. Il y a :

  • Ceux qui considèrent que l’homme ne devrait pas manger de viande. Ils arrêtent d’en manger pour lutter, de façon globale, contre l’élevage et l’abattage animal. Les élevages consistant à élever et tuer des animaux sont considérés comme des générateurs de souffrances. 
  • Ceux qui considèrent que l’homme peut manger de la viande, mais dans le respect de l’animal. En totale opposition avec les végétariens, ils prônent un élevage comme le pratiquaient nos aïeuls, c’est-à-dire sans maltraitance et souffrance.

Le curseur de la notion de souffrance est donc positionné, selon les convictions, sur la condition d’élevage ou sur l’acte d’abattage.

En tant qu’ancien formateur en changement de comportements alimentaires, je peux constater que les végétariens le deviennent, pour raisons de santé ou par choix personnel. Selon une étude australienne, 84% des végétariens laissent tomber ce mode d’alimentation dans les 3 à 12 mois qui suivent le changement. J’ai constaté que les campagnes animales avaient le mérite de dégouter les gens de la viande pour un certain temps. Toutefois la méthode est binaire, c’est-à-dire qu’elles font passer un message tout noir, ou tout blanc.

C’est compliqué d’imposer une vision dans un pays qui défend aussi bien ses libertés que ses intérêts. Pour info, je ne suis jamais arrivé à imposer à mes élèves quoi que ce soit et surtout pas en matière de choix alimentaire. Cela s’appellerait de la morale, cela viendrait de l’extérieur et serait généralement refusé, car imposé – rappelez vous l’école.
J’ai plutôt adopté un mode éthique que moralisateur. La recommandation vient de l’intérieur, en chacun de nous. Elle est juste éclairée par des ressources extérieures. Au final, l’éthique est pérenne et a plus de poids pour lutter contre le doute. J’ai donc encouragé à réduire sa consommation de viande et adopter un mode qualificatif plutôt que quantitatif. En 14 ans, j’ai obtenu plus de résultats en pratiquant une approche éthique que la morale.

Un mémo perso sur le sujet de la “morale ou éthique” :

morale ou ethique

Un autre point tout aussi complexe, celui de l’uniformisation de l’information. Il faut le répéter. Une ferme de 50 à 80 têtes n’a strictement rien à voir avec une entreprise de 50 000 animaux parqués et pourtant, les plus touchés par les crises sont les plus petits. En encourageant le respect du travail d’éleveur, on encourage le respect des conditions animales et de par son coût qualitatif, la réduction de consommation de viande.

Attention danger !
Mais avec tout cela dit, j’étais loin de me douter que bien au-delà du débat végétarien ou pas, il y avait une petite révolution qui était en train de s’amorcer. Discrète, sournoise, inattendue comme toutes les révolutions qui finissent souvent par laisser place à un néant permissif à toute forme d’extrémisme.

Les multinationales n’ont que faire des animaux. C’est une matière première sans âme, bardée d’une étiquette. Le prix l’emporte sur la transparence, la quantité sur la qualité. Mais ces multinationales n’ont finalement de coeur que pour le soi-disant “bien-être du consommateur”. Ils feront tout ce qui est en leur pouvoir pour y parvenir. Ces 50 dernières années, la viande et le poisson ont subi les pires transformations. Les protéines de soja et de maïs, les os broyés, les gras ajoutés, les viandes impropres à la vente directe…ont participé aux marges confortables. Ainsi, de scandale en scandale, l’étau (trop petit, tout de même à mon goût) se resserre sur les fabricants. Les associations de consommateurs ont les moyens d’analyser les rapports viande/collagène de toute préparation et ainsi démasquer les arnaques !

En tant qu’ancien consultant en marketing visuel, je vais tenter de vous faire une analyse de ce qui nous attend… si nous ne prenons pas garde.

Simulation ou réalité?
À travers une situation imaginaire de crise, au sein du service de communication d’une grande multinationale, voici les esquisses de ce qui nous pend au nez… très rapidement.

Responsable : Le consommateur est au courant de ce que l’on fait. Il sait que l’on maltraite, massacre, asservit de façon ignoble les animaux. Les associations de consommateurs nous harcèlent, les vegans nous filment en cachette, les consommateurs nous font des crises d’achat. On ne peut plus trafiquer les viandes, quoique grâce aux frontières passoires, on joue bien des aller-retour entre pays, mais c’est compliqué. Il faut se redorer une image propre, mais surtout retrouver des marges fortes. On ne peut pas aider les petits paysans qui souffrent et font bien leur boulot. Pas assez rentable !! Nous, on doit nourrir la planète !! On ne peut pas lutter contre les vegan on va lutter avec !!
Collaborateur : Ah ? Et comment on fait ?
R : On va utiliser la force du message vegan, grossir le trait et propulser l’idée du végétarien comme un phénomène tendance. Inondez moi le marché de livres vegan, de conseils, d’études et pourquoi pas d’images contre-productives sur la viande. Installez le doute, c’est ce qui marche le mieux. Laissez les “pour” et les “contre” enfler l’affaire.
C : Mais on a des usines qui produisent de la viande. On va pas couper la branche sur lequel on est ?
R : Oui, on s’en fout, les gens en consomment de toute façon, par facilité aussi. Même s’ils font un peu la mauvaise tête dix ou quinze jours après chaque crise, au final ils n’ont pas le choix. Mon idée va être encore plus rentable, t’inquiète !
C : Une idée ?
R : Puisqu’on ne peut plus trafiquer la protéine animale, tant elle est surveillée, on va s’enrichir sur le dos de la protéine végétale. Le végétal c’est tout bénef. Cela a une bonne image auprès du public. Les autorités sanitaires remarquent qu’on ne mange pas assez de légumes, alors on dira végétal au lieu de céréales pour ne pas les laisser se poser trop de questions et les encourager a bouffer de l’amidon pas cher. Qui pourra nous taxer de trahir ou faire souffrir un animal qui n’existe pas ? On va mettre dedans tous les excédents agricoles, bourrés d’OGM et de pesticides dont on ne sait plus quoi faire. On va en donner pour leur argent à des clients qui font des crises de foi devant un steak animal. On va créer des filets de boeuf, des saucisses  goût rôti, des cuisses de poulet, des rôtis de cochon 100% protéines végétales… On y mettra des millions d’euros de recherches et des années de travail, mais on y arrivera. Imagine ! Un marché colossal, protégé par des brevets, qui nous évitera de devoir nous justifier sur nos processus avec la grande liberté, comme des sauveurs, de venir flanquer des additifs, des améliorants et autres petites substances rentables. Secret industriel oblige on sera tranquille!!. Oh putain, ça va être génial !!
C : L’aile ou la cuisse de Claude Zidi, ça te parle ?
R : Oui, tu crois quoi, que mon idée est nouvelle ? Je sais bien que non, seuls les contextes alimentaires et la technologie ont eu raison de tout ce temps perdu. C’est le moment. On va impressionner la galerie avec nos succédanés de viandes et tous les médias du monde, impressionné par l’aspect technique ne verront pas le ver s’installer dans la pomme. Les rois du monde je te dis.

Constat alarmant
Chaque fois que l’industrie a traité une demande de manière analogique” et non “alternative, comme de la viande pas chère, du lait 3 fois par jour, des fruits résistants, du hallal, du cacher, du bio, du sans gluten, du light, du produit pour bébé… On a perdu !
Une révolution est en marche, elle va se jouer les vingt prochaines années, pour un retour en arrière qui sera impossible.
Pendant ce temps là, les éleveurs de petite taille disparaitront au profit de multinationales encore plus propriétaires de notre assiette. En se trompant de combat, on aurait finalement lutté contre nous-mêmes et tout l’écosystème de l’élevage de ferme.

Alors, comment faire ?
Que l’on soit végétarien ou non, il ne faut pas confier nos céréales et nos légumes aux rois de la transformation. Il ne faut pas manger de façon “analogique« , c’est-à-dire ne pas changer sa façon de manger en demandant à l’industrie de la compenser ou en d’autres termes, lui demander de recréer un ersatz de viande que l’on ne consomme pas.
Que l’on soit végétarien ou non, il faut soutenir un élevage de ferme de subsistance face à une entreprise d’exploitation animale (et humaine).

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