Écolo-gît !

Au petit matin, le ruisseau est calme. Les arbres laissent choir leurs feuilles, non par négligence, mais par souci d’équité. Une forme désintéressée de générosité. Un altruisme nécessaire à l’ataraxie de la forêt. Chaque feuille tombée devient une source de nutriment essentiel à tout un écosystème.

Cette scène, somme toute banale et émouvante de simplicité, est une évidence trop ignorée. La nature n’a pas besoin de nous. La nature n’a pas besoin de l’être humain.

Nous construisons chaque jour des enfermements technologiques qui déracinent nos enfants : écrans, tablettes, smartphones, assistants vocaux sont autant de gluaux sinistrement efficaces.

Nous, les êtres humains ne voyons pas, n’entendons pas les avertissements planétaires de notre décadence, insolence, ignorance. Notre intelligence nous a relevés à un rang de prédateur massif, à un niveau d’égoïsme sans aucune commune mesure dans notre alter ego animal.

La fin d’un monde. La fin d’un archétype basé sur le pillage et le massacre au nom de la surconsommation. Le jour du dépassement, toujours plus précoce, devient l’emblème de notre crépuscule. Sur fond de caducité manifeste, l’outrage de notre temps reste cantonné à nos petits problèmes du quotidien. La richesse d’-avoir- a éclipsé la richesse d’-être-.

Luxuriante débauche d’envies, de plaisirs et de pouvoirs au service d’un égocentrisme façonné par une société basée sur la réussite personnelle et l’enrichissement. La philosophie de vie fut dogmatisée par des intérêts de haut rang, pour devenir des écoles de pensées, idéologiques, radicales, extrêmes. Nous nous complaisons à débattre de l’impossible, à magnifier une attitude politique rhétorique. Nous nous rabaissons à donner foi à tous les aphorismes lobbyistes. Le monde avance au rythme d’absolutismes monothéistes, de querelles et gesticulations politiques, de courses au pouvoir, de manœuvres influentes, de procrastinations climatiques, de palabres écologiques, d’affrontements médiatiques.

Une poignée de millionnaires, en quête obsessionnelle d’empires, a fait main basse sur le vivant. Boire et manger ne nous appartiennent plus tandis que le plus simple des actes de survie reste subordonné aux diktats de traités commerciaux. La nutrition est une affaire de spécialistes ; d’experts et autres virtuoses en mensonges nutritionnels affligeants.

Le mystère autour de l’incroyable géométrie des pavages alvéolaires construit par les abeilles nous en dit long sur notre ignorance du vivant et de l’attitude que nous devrions adopter au sein de cet écosystème. Las de cet émerveillement relégué au rang d’apprentissage d’une classe de primaire, nos ingénieries préfèrent la biotechnologie. Nos intelligences affectionnent le défi, l’innovation et la destruction d’une forme de vie au nom de la chasse aux nuisibles. Devenus arrogants, majestueux dans des comportements dénués d’humilité, la race humaine lutte contre le vivant. Il est, encore aujourd’hui, effarant de constater la vigueur déployée contre l’agriculture et l’élevage biologiques. La rentabilité n’a que faire de solutions pérennes nécessitant du temps. Seuls le court terme et le cash-flow font office de cantiques modernes, de chants d’actions de grâce à la rentabilité.

Le temps passe. Les tensions montent. Les croyances et opinions se divisent sur fond d’urgence. L’être humain impose ses règles à un système qui n’en a pas besoin. L’être humain détruit ses ressources vitales avec égarement sans considérer comme probable sa propre destruction.

La nature souffre, mais elle renaîtra. Chaque citoyen, adulte comme enfant, a des devoirs, sans frontière. L’impossible appartient au présent. Luttons avec énergie et empressement.

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