Cheval de Troie de la consommation ? Du mythe à la réalité.

Cheval de Troie en approche
Je pensais qu’en matière de stratégie marketing, j’avais tout vu ou entendu. Les marques sont toujours plus ingénieuses pour s’immiscer dans nos habitudes. La réclame, la publicité, les réseaux sociaux, le sponsoring, le partenariat, le neuromarketing… sont autant de vecteurs régissant nos habitudes. Malgré nous, nous sommes stimulés 11 à 15 000 fois par jour par diverses formes de signes marchands.

La publicité est partout, partout, partout… l’aberration sublime est internet qui impose désormais sur certains sites, une lecture de publicité de 20 secondes minimum chaque fois que vous lisez un fichier vidéo. À tel point que si vous regardez un site de bandes-annonces ou d’extraits, vous vous retrouvez avec un spot de 20 secondes toutes les 1 minute 30 ! Effet inverse oblige, vous vous mettez à détester le média et surtout la publicité qui revient sans cesse toutes les unes à deux minutes, car il y en a souvent qu’une qui tourne en boucle. Ainsi, nous sommes vraiment harcelés par cette société de médias qui traque nos comportements pour en vain nous rapprocher de la sacro-sainte marque.

La publicité est insupportable, à plusieurs niveaux.
Tout d’abord par ce qu’il s’agit d’une atteinte à nos vies privées et nous sommes pieds et poings liés, démunis de toute forme de défense, face à un système tentaculaire. Aucun ou peu de codes ou droits du consommateur ne nous protègent de cette agression permanente : boites aux lettres postales, emails, TV, radio, cinéma, replay, internet, smartphones, affichages urbains, objets cadeaux, avions-banderoles… Comme si quelque part, les droits de l’homme et du citoyen ne pouvaient inclure le consommateur.
Deuxièmement, par ce que cela démontre une forme d’aveu d’échec de notre société. Le nerf de la guerre d’un système est lié à la réussite de sa régie publicitaire pour survivre. Cela peut paraitre une évidence lorsque l’on ne se pose pas la question, mais là est tout le problème en somme. À mes élèves, je posais la question suivante :  » En privilégiant la gratuité, comment réinventer un service en ligne qui pourrait gagner de l’argent sans utiliser un quelconque système publicitaire ?” Je peux vous assurer que les têtes chauffaient. La solution est très difficile, car nous sommes conditionnés par un système d’échange par soumission tacite.

Première forme d’adaptation.
Je raconte souvent comment j’ai vécu l’arrivée des « villages » en grande surface. Des aires de ventes qui ne ressemblent plus à des rayons, mais a des petits commerçants / artisans. J’avais vu arriver cette “esbroufe” qui consiste à servir des produits de marque sans finalement les montrer.  Il suffit de déchirer les cartons et sachets en arrière-boutiques et de les servir préparés, réchauffés ou joliment présentés pour modifier le rapport que le consommateur peut avoir avec l’acte d’achat et sa défiance naturelle.

Le cheval de Troie arrive.
Là où je n’étais pas préparé, c’est à la notion de big data et de ses dérivés. La marque a l’idée géniale ! Sachant que le consommateur choisit la facilité et les raccourcis, elle lui procure un plaisir technologique sans précédent le DASH BUTTON (le bouton tableau de bord !).
Ça sonne bien, mais cela reste une effrayante manière de nous emprisonner.
Il s’agit d’un petit boitier électronique connecté, orné du logo d’une marque. Il suffit à l’utilisateur de cliquer dessus pour commander un produit. Ohhhh ! Les médias américains vantent ce produit sans retenue et…cela arrive en France.

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Rassurez-vous ! Ceux qui ne vont pas dans les grandes surfaces, comme moi, ne seront pas tentés par ces ”boutons pratiques”, ces “pastilles affriolantes” (payantes au demeurant – presque 5 euros, sans compter l’abonnement pour avoir accès à ce service).  Mais ceux qui seront tentés d’utiliser ces boites à malices vont vite comprendre tous les inconvénients que cela engendre.

Avant la tempête…
Comme toujours, vous serez maitre de votre choix et responsable de vos actes. Vous êtes libres comme disent les marques  ! Mais vous êtes toujours à temps de vous poser la question de savoir si ce genre de produits doit entrer chez vous, par le biais d’un système bien huilé de promotion vantant les progrès incontournables et par le biais d’effet de buzz que vos enfants subiront forcément. Une forme d’ostracisme vous fera passer pour “has been” si vous ne jouez pas avec cette “modernité” tellement amusante. Un simple clic pour se débarrasser des corvées de courses.

Une dérive a plusieurs niveaux

  • L’enfermement dans une consommation formatée par des marques en manque de lissage permanent de nos habitudes de consommation.
  • La sournoiserie de la marque, collée à votre réfrigérateur, votre placard, votre lave-vaisselle qui saura attendre le moment où vous l’autoriserez au débit de votre compte par une simple pression de doigt.
  • La mécanique de surconsommation par manque de visibilité des actions des occupants de la maison. Drôle de mécanique d’autorise les enfants d’une maison à acter des décisions d’achat sans le consentement des parents. L’ère du gamin qui remplit le caddie sous l’oeil des parents est révolue. Vive la vie simplifiée, vive un monde ou l’on confie la carte bleue à des adolescents.
  • La facturation fluctuante des produits qui ne seront plus soumis aux règles d’affichage classiques. En effet un commerçant doit vous vendre le prix du produit affiché, mais cette notion est caduque avec l’arrivée d’un simple bouton qui justement n’affiche pas de prix.
  • L’abrutissage et l’anéantissement de la capacité de discernement de l’acheteur, entre deux marques, deux produits, deux enseignes. Le réflexe l’emporte sur la raison. Tout un bénéfice pour une marque qui se délecte de notre passivité.
  • La consommation des fameux boitiers qui nécessiteront une myriade de piles disponibles à la maison. Vive la conquête des chargeurs de pile en tout genre et tout ce que cela génèrera comme lot de désolation pour l’écologie.
  • Le plus grave de tous les effets reste l’impuissance de tous les commerces de proximité qui crèveront la bouche ouverte, devant toutes ces  livraisons effrénées de coursiers venus des quatre coins du monde pour tout et n’importe quoi.

Soyez vigilants, car le retour en arrière sera impossible. Cette forme de cheval de Troie fera forcément des dégâts une fois déployés chez vous.
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Ce système doit-il s’imposer en France ? J’en doute, et de façon générale, gardons intelligence et autonomie face à tout cela. Affichons plus que jamais notre désobéissance alimentaire.

 

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