Aix-en-Provence, ville pauvre ?

Rassurez-vous, touristes, investisseurs immobiliers, la ville d’Aix-en-Provence se porte bien.
Le titre d’ « Aix en Provence, ville pauvre ? » concerne ceux qui y vivent au quotidien. Cette ville, tout comme celles de mêmes envergures, se retrouve victime de son succès. Les prix flambent et s’envolent vers des envolées lyriques sans retenues. On ne se rend pas compte de l’impact qu’une fluctuation des prix peut avoir sur une agglomération et sur le comportement alimentaire, bien évidemment.

Les principales blessures visibles sont souvent citées dans la presse.
La hausse des loyers empêche la vie étudiante de s’y installer. Les étudiants recherchent un équilibre entre qualité de l’université et accessibilité des loyers. Lors d’un choix à faire, Aix n’est pas la plus favorisée. Il en va de même pour l’emploi, le bassin aixois peine à recruter, tant les faibles salaires ont du mal à couvrir les frais et forts loyers.
La hausse des loyers relègue les plus modestes à l’extérieur des villes pour y confiner des quartiers-dortoirs redoutables.
La hausse des loyers façonne un autre centre-ville, un quartier non plus commerçant, mais « revendeur – franchisé » par des maisons mères pouvant se permettre le paiement des mensualités.

Description d’une hécatombe silencieuse.

Lorsque vous vous promenez dans les rues d’Aix, certaines rues donneraient presque envie de rire. Il y a des modes, nous avons eu celles des téléphones portables il y a déjà pas mal d’années, nous avons récemment eu droit aux cigarettes électroniques. Ces commerces sont créés pour l’occasion, ils ne fidélisent pas, ils sont là pour faire des coups. De toute façon, ils sont non alimentaires et répondent à des besoins (!).

Là, ou cela devient risible, c’est lorsque vous voyez pousser, comme des champignons, les uns contre les autres, des enseignes du type :
– vendeurs de yaourts glacés – maintenant on achète très cher un yaourt glacé au poids, quelle belle fable,
– boutiques make-up – des magasins blancs, froids, bruyants en forme de couloir, où se maquiller semble devenir vital ?,
échoppe de jus de fruits/cafés frappés à gogo – indispensables, à toute heure, si l’on s’en réfère aux files d’attente.
On peut ajouter à cette liste déroutante, les boulangeries (enfin les lieux de ventes qui sentent bon la boulange) et les magasins de bijoux – du gadget au prix plus conséquent, une vraie frénésie.

Avec des loyers qui oscillent entre 6 000 à 11 000 euros par mois pour de modestes mètres carrés, les artisans ne tiennent plus. Encore cette année, sur Aix, un traiteur, boucher traditionnel a laissé place à un magasin de bijoux, une brasserie bio va être remplacée par une chaine de maquillage.
Si vous aimez le yaourt glacé hors de prix, les bijoux fantaisies, les fringues consommables et le maquillage a ne plus savoir quoi en faire… votre shopping sera un plaisir.
L’hémorragie ne s’arrêtera pas. Le centre-ville est devenu un simulacre de choix. Nous ne pouvons y trouver que le résultat de vente au détail de grandes chaines ou franchises. Artisans de bouche, traiteurs, brasseries-artisans, restaurateurs s’essoufflent sous le prix d’une demande complètement loufoque et superflue.
D’ores et déjà, certaines rues / quartiers ont laissé place à des déserts alimentaires. Non qu’ils soient vides ou inoccupés, mais bien par la pauvreté de choix.

On ne peut que souffrir d’entendre des témoignages aussi explicites.
Roger, 56 ans : « Les gens préfèrent aller acheter leurs viandes en barquette le samedi. On dirait qu’ils n’en ont pas marre des scandales à grandes échelles »
Thomas, 42 ans : « Quand j’étais plus jeune, on pouvait faire ses courses chez les commerçants, on y trouvait tout et ma mère nourrissait avec 3 enfants, aujourd’hui c’est impossible. Tout sonne faux. Les étudiants sont déguisés par les franchises en fromagers, glaciers, restaurateurs… »
Drisse, 28 ans : « Le prix des loyers se ressent tellement que ça manque d’authenticité. J’ai travaillé pour un restaurateur et une boulangerie et je peux vous assurer que l’artisanat est mort. »
Kaheena, 25 ans :  « Je suis étudiante en droit, sur Aix depuis 2 ans. Je ne prends plus de plaisir à faire les boutiques. On y croise un profil d’acheteurs plus intéressés par l’apparence que par ce qu’ils vont manger. Puis, de toute façon tout est cher. D’origine indienne, cela me dépasse. Chez moi, on mange bien pour se sentir bien, pas l’inverse. »

Les grandes surfaces et les marchés de proximité profitent de tout cela. On se plaint des artisans qui ferment les uns après les autres, mais l’on ne fait rien pour empêcher cela.

Mais alors que faire ?
Et bien, plus rien 🙁
Il est sûr que devant la tâche à accomplir, à cet instant, je ne trouve que cette réponse.
Les politiques ne peuvent pas fixer les prix, ils n’ont aucun pouvoir pour faire baisser les loyer des baux commerciaux. On ne peut pas empêcher les gens d’acheter et encore moins leur donner des leçons sur leurs achats. Ce constat est applicable, très malheureusement, à beaucoup de situations actuelles – le premier qui me vient à l’esprit est le climat –.

Il faut foncer droit dans le mur, le défoncer pour réfléchir, se poser les bonnes questions et regretter afin d’agir.

Vos témoignages m’intéressent. Laissez vos commentaires.

2 commentaires

  1. Herve

    Mon choix. En tant qu’humain, je développe l’entraide, le bon sens et je suis connecté aux grands cycles de la vie. J’observe des mutations dans les comportements. Je ne veux pas juger, les mutants font comme ils peuvent, avec leurs moyens. Si je peux apporter de l’humain au milieu des mutants, c’est la plus belle action que je puisse faire.

  2. franck

    Article intéressant que tu as écrit, et je dirai qu’effectivement les plus GROS s’en sortent et s’en sortiront de plus en plus, ainsi au sein d’Aix , je peux aisément constater que dans nos rues petites ou grandes, une forte recrudescence de scoooters livrant ça et là des pizzas mais aussi encore plus récent , des hamburger, des sushis. Bien forcé de voir une pénurie de clients de plus en plus importante ne venant plus chercher nos pizzas d’artisans , ne faisant pas de grosses pub,ne possédant pas non plus une grosse structure faisant fuser la dizaine de scooters.

    De plus , le pouvoir d’achat ne cessant de decroitre considérablement et alarmant les plus tenaces, nous petits artisans sentons tres bien la difficulté touchant la classe moyennne , rendant les achats comptés pour chacun des domaines au sein d’une famille ou bien de gens seuls . Ces grosses structures écrasantes , laisseront elles place dans un futur proche a nous les artisans de pouvoir perdurer ? Biensur, nous allons y croire encore et encore, comme d’hab, et faire de notre artisanat et notre perséverance, un cheval de bataille ou de TROIE !!!!

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