Solutions locales pour un désordre global

Pour ceux qui n’auraient pas encore vu « Solutions locales pour un désordre global » de Coline Serreau,
je vous propose des extraits d’interviews afin de vous encourager à le voir.
Son film est riche en témoignages et en solutions.
Je vous le conseille vivement …
tout en lisant la suite de cet article.

 1. LE MILITAIRE RECONVERTI

#1
« La première mondiale est l’éradication de la paysannerie franco-germanique qui se fait massacrer au front. … cette entreprise de la “dépaysannerie” a été parachevée par la Seconde Guerre mondiale… Puis viens se greffer par-dessus tout cela, la synthèse de l’ammoniac qui permet de faire des bombes puis faire des fertilisants de synthèse. … L’invention des gaz moutarde, qui vont donner tous les insecticides… Avec le plan Marshall en 1947, les États-Unis arrivent avec les tracteurs qui sont la suite logique des tanks… En fait, l’agriculture occidentale est une agriculture de guerre »

Dominique GUILLET
Fondateur de Kokopelli
FRANCE

#2
« Les pesticides sont issus de la guerre, les fertilisants sont issus de la guerre. La conception de l’agriculture, comme une guerre contre la planète, est issue de la guerre. Tout cela doit être rejeté, comme une aberration du siècle dernier. Nous devons commencer ce siècle, en retrouvant la sagesse ancienne qui nous apprenait comment vivre avec la terre. »

VANDANA SHIVA
Physicienne
INDE

#3
« Toute cette agriculture conventionnelle, c’est un pacte, une alliance, entre deux parties : Le deal était entre l’agriculture et l’industrie qui, après la Seconde Guerre mondiale, avait d’énormes stocks de poisons sur les bras, qui devaient soi-disant tuer des ennemis. Mais une fois la guerre finie… il n’y avait plus d’ennemi à tuer. Alors le professeur Bulloch a eu une idée fantastique : il a dit “L’agriculture n’achète presque rien à l’industrie, de temps en temps un petit tracteur… On va faire comme ça : on va passer un accord. L’agriculture achètera des machines puissantes, des engrais chimiques, des pesticides, le tout provenant de l’industrie. L’industrie empochera les bénéfices. L’agriculture sera déficitaire, mais le gouvernement va détourner une partie des impôts pour renflouer l’agriculture”
Et c’est ce qu’ils ont fait. Cela a donné les fameuses subventions… » Tout cela fonctionnait bien dans les pays industrialisés, mais pas dans les pays du Tiers-Monde. Ces derniers devaient tout acheter : outillages, machine, à des taux frôlant les 20 à 25 %. « Pour nous [le Brésil] ce n’était pas un progrès, mais pour eux [l’Amérique] si ! Parce que l’Amérique par exemple des dernières années était déficitaire dans toute son économie, mais elle vivait très bien grâce à tout le Tiers Monde qui devait payer, payer, payer… pour elle ! »

ANA PRIMAVESI
Docteur en agronomie
BRÉSIL

#4
« À la sortie de la guerre, en 46-47, personne n’était capable de savoir combien de fumier, on mettait dans les sols, parce qu’étant un élément passant directement de l’étable à la terre, il ne donnait pas lieu a des échanges commerciaux, car il ne figurait pas dans les comptes de la nation. Mais on a trouvé l’information dans les comptes de la chaine Petroleum. Ils cherchaient après la guerre à recycler les usines à nitrates [explosifs militaires transformés en produits agricoles] et s’intéressaient au potentiel… C’est comme cela que l’on a su que la France restituait, chaque année 120 millions de tonnes de fumier dans ses sols. Aujourd’hui ce n’est même pas 30 000 tonnes. Personne ne s’interroge sur les conséquences de la disparition d’un élément qui nourrit le sol… »

PHILIPPE DESBROSSE
Agriculteur, directeur es Sciences de l’Environnement
FRANCE

#5
« Je suis devenu ouvrier agricole pour apprendre le métier. C’est à ce moment que j’ai vu que les pratiques agricoles partaient sur un principe de produire et détruire. » L’agriculture utilise alors des produits de traitement qui laissait des insectes morts, pêle-mêle, juste après l’épandage, sans faire de distinction. » C’est à ce moment-là que j’ai décidé de rentrer, un peu, en insurrection et me suis dit que si l’agriculture s’était ça, et bien je ne ferais pas d’agriculture. »

PIERRE RABHI
Agro écologiste, écrivain
FRANCE

2. LA RÉVOLUTION VERTE

#1
« La révolution verte a reçu le prix Nobel de la paix, sous prétexte que les nouvelles technologies de la chimie apporteraient une nouvelle prospérité, et que la prospérité apporterait une nouvelle paix. »

VANDANA SHIVA
Physicienne
INDE

#2
« La révolution verte était verte par la couleur du dollar !” Mais c’est tout autre chose pour les habitants du Tiers Monde vivant cette révolution, car les industries ont tout détruit : air, sol, eau. » On a détruit la biodiversité, en Inde, il existait 200 000 variétés de riz […] après 40 ans, il en existe plus que 50, c’est tout ! On a détruit le tissu social indien, car l’agriculture indienne était féminine, on a en fait une agriculture masculine avec des récoltes qui ont une valeur régionale, nationale, internationale. Alors qu’avant […] elle était surtout là pour pourvoir en nutrition la famille »

Dominique GUILLET
Fondateur de Kokopelli
FRANCE

#3
« Notre génération vit un très grand dilemme, parce que le capitalisme, actuellement dominé par le capitalisme financier et les multinationales, a imposé une agriculture dont le but n’est pas de produire des aliments. Ils veulent seulement produire des marchandises pour gagner de l’argent. Ils se sont transformés en pilleurs de la nature. Ils tirent de la nature tout ce dont ils peuvent profiter… [avec un but principal de] vendre aux agriculteurs des quantités industrielles de fertilisants et de pesticides, puis des machines toujours plus grosses pour éviter la main d’oeuvre, tout en pillant les ressources d’eaux potables pour les irrigations massives. Cette révolution verte […] n’a pas d’avenir… Il met en danger la planète en détruisant la micro biodiversité des sols et empoisonnant les aliments. Le pire est que ces poisons sont indestructibles. Ils vont ou dans le sol, ou dans l’eau ou votre estomac. »

JOAO PEDRO STEDILE
Coordinateur national du Mouvement des Sans Terre (MST)
BRÉSIL

#4
« Il y a 40 ans, nous avons adopté ce que l’on a appelé la technologie de la Révolution Verte et aujourd’hui nous [en Inde] sommes confrontés aux plus forts taux de suicide d’agriculteurs au monde. Toutes les heures, deux agriculteurs se suicident quelque part en Inde. … Les calculs des Nations unies, de la Banque mondiale, de l’OMC sont faux parce qu’ils disent qu’il a seulement 152 millions d’affamés dans le monde. Moi je dis qu’il y en a 136 millions, rien qu’en Inde. »

DEVINDER SHARMA
Ingénieur agronome, journaliste, écrivain
INDE

#5
« On se sert souvent des famines passées pour dire, vous voyez la Révolution Verte a permis de faire sortir des populations de la misère et de la famine… Toutes les famines ne sont pas des fatalités »

PHILIPPE DESBROSSE
Agriculteur, directeur es Sciences de l’Environnement
FRANCE

3. L’AGRICULTURE FÉMININE

« L’économie c’est une affaire de mec. … il n’y a pas de femme dans l’économie, pas dans les affaires… c’est caricatural en Afrique où les femmes font tout pour l’essentiel, mais dès qu’on fait une plantation moderne ce sont des hommes. »

SERGE LATOUCHE
Économiste, professeur à l’université Paris sud
FRANCE



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