Et si demain était un autre jour

Voici  une reprise de mon article paru sur femininbio.fr, le 5  février 2016
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Tribune libre – J’ai vu le film « Demain », tout comme déjà plus de 370 000 spectateurs. Sans jeu de mots, il y aura pour moi, un avant et un après « Demain ». En tant qu’auteur et conférencier pour une désobéissance alimentaire, ce film me conforte dans l’effet papillon que joue l’alimentation sur l’harmonie d’une société.

Lorsque j’ai écrit le livre Je ne mange pas de produits industriels, j’ai expliqué le plus simplement possible mon renoncement personnel. Quinze ans de partage pour informer et former une nouvelle génération de consommateurs, plus apte à une indépendance. Manger est un acte politique quotidien, bien plus puissant qu’un vote. Si l’on réfléchit un peu à l’engagement et les répercussions que notre nourriture implique, on découvre des effets actifs conduisant vers des formes de politique, d’éducation, de pouvoir, d’écologie, d’économie et de « vivre ensemble ».
La liberté !
Peut-on encore penser qu’une démocratie est un lieu de vérités où tout un chacun possède ses libertés, alors que finalement c’est tout l’inverse qui se produit ?
La spéculation massive et mondiale des denrées a généré chez l’être humain une activité de prédation de la nature à grande échelle. La liberté de consommer et de polluer des uns menace la liberté de survivre des autres. L’alimentation est aujourd’hui au coeur d’une Guerre de l’information. La pacification passera par le savoir de tous.
Le traité TAFTA (Traité Transatlantique), qui est en définitive une longue liste d’accords sur des échanges commerciaux entre les États-Unis et l’Europe, est un bel exemple d’entorse à la démocratie et aux attentes du peuple. Signé à l’abri des regards – comme si nous n’étions pas concernés -, le monde de demain va se jouer avec des règles dictées, entre autres, par les maîtres de l’agroalimentaire et sans aucune consultation des principaux intéressés : nous, les consommateurs. Si cet accord voyait le jour, pour ne citer que cet exemple, il serait possible à une multinationale de mettre devant les tribunaux un État qui mettrait un veto ou une législation freinant une activité commerciale. On ne parlerait plus alors de perte de souveraineté, mais de légitimité.
Le bonheur !
Peut-on encore espérer qu’un État puisse se concentrer sur le bonheur de ses citoyens ? La politique actuelle de lutte de pouvoir l’emporte sur la bienveillance. Nos dirigeants laissent des marchands de plaisir nous endormir, tout en confortant un mécanisme de paix sociale.
Peut-on enfin rêver d’un pays codirigé par une assemblée représentative citoyenne, tirée au sort régulièrement pour éviter toute forme de clientélisme, de retour d’ascenseur électoral, de pression des lobbies et autres pollutions antidémocratiques ?
Que serait aujourd’hui l’Europe sociale avec une politique d’écoute active du peuple sans nivellement absurde par le bas  ?
La sagesse !
Aurions-nous autant de scandales politiques, financiers, sanitaires si la « vox populi » pouvait éradiquer toutes dérives politico-politiques ? Aurions-nous laissé l’éradication programmée de la paysannerie au profit d’industriels qui polluent bien plus qu’ils ne produisent ? Aurions-nous laissé les artisans de bouche lutter sans arme contre les multinationales imposant leurs critères qualitatifs ? Comment aurions-nous réagi face à une politique agricole commune qui dicte ses prix de plus en plus bas afin de mieux perfuser par la suite à coup d’aide financière ? Pourrions-nous laisser les systèmes bancaires se renflouer sur le dos des contribuables ou les spéculateurs s’enrichir sur le dos de la sueur paysanne ?
Cela ne serait pas un monde parfait, mais un juste retour à une démocratie participative, durable et équitable. Une démocratie plus juste basée sur le résultat, comme on l’exige d’une entreprise, et non sur des promesses électorales. On pourrait au moins se débarrasser de plus de la moitié des scandales dans tous les domaines. Mon petit doigt me souffle qu’un monde politique dépendant des volontés directes et participatives de la voix du peuple n’attirerait plus du tout les mêmes personnes. On verrait naitre une nouvelle génération de personnalités politiques, plus penchées sur la réussite de leur pays, plutôt que de la réussite à court terme de leur parti. On verrait un pays qui arrête de se regarder face à face, pendant que les écarts se creusent et se divisent.
La dette !
Le système alimentaire dominant actuel fonctionne sur un principe d’économie, non pas conduite par ses acteurs, mais orchestrée par une poignée de financiers qui fabrique de la dette pour générer de l’argent et du profit. L’instrument final qu’est la banque se retrouve à prêter de l’argent « virtuel » à un (sur)consommateur, rapidement endetté par ses remboursements d’argent « réel ». La dette des agriculteurs rend l’agriculture fragile et dépendante d’un système qui nous échappe. La dette chez les agriculteurs, c’est aussi un suicide tous les deux jours, sans aucune compassion en ouverture du journal TV.
Le système !
Ce paradigme ne fonctionne pas, mais les bénéficiaires feront tout ce qui est en leur pouvoir pour le garder et ceux qui en souffre ne font plus rien pour, ne serait-ce essayer de le changer. C’est ainsi, dans une démocratie donnant des leçons aux pays plus défavorisés, une minorité de gens pense pour une majorité d’autres. Notre pays est magnifique et ses habitants sont formidables, mais alors que se passe-t-il ? L’individu est bon et le système est mauvais ! C’est un problème d’unité de mesure à changer. Il faut cesser d’avoir peur de ne plus embrasser le système de surconsommation, d’aliénation par l’envie.
Le conditionnement !
Aldous Huxley, auteur du Meilleur des mondes avait une vision avant-gardiste d’une société vouée à ramper. Dans son roman dystopique, il projette l’idée d’une drogue, le « soma », sans effet secondaire immédiat, mais pour une vie plus courte. Dans le roman, cette substance est le secret de la cohésion de cette société. Dans notre société de consommation, cette accoutumance s’apparente au plaisir, désormais confondu avec le bonheur. Tout cela n’a rien de bon, et une société qui projette cette forme de bonheur « fugace », fini par honorer un narcissisme un individualisme façonnant des enfants dans le doute, la dépression et une fragilité à la merci de n’importe quel diktat.
Le « conditionnement dirigeant les goûts » et le « besoin frénétique de consommer » sont au cœur de la société imaginée par Huxley et on y retrouve aussi une parabole des années 30 que l’on vit aujourd’hui de plein fouet. Huxley dépeint un peuple que l’on conditionne jusqu’à le dégouter de la Nature et ses beautés, dans le seul but de ne plus le détourner de l’achat compulsif et des loisirs payants. Au XXIe siècle, la promotion des aliments naturels non transformés mécaniquement ou génétiquement n’intéresse pas les industriels en quête du rachat du vivant. Une poignée d’amandes, une salade croquante, une pomme se verra voler la vedette par une marque insufflant les vertus de sa compote sous blister, sa barre de céréale glucosée ou ses pots tout prêts fabriqués, à l’abri des regards, à l’autre bout du monde.
Demain !
Demain est un film qui propose des solutions et des clefs pour réussir la réintégration de l’intelligence sur la technologie et le profit. Ce film est un formidable fil conducteur pour tous ceux qui souhaitent aussi arrêter les produits industriels, car il montre en image ce qu’un livre pose avec des mots. Finalement cela ne tient qu’à nous de faire une désobéissance alimentaire et changer notre monde pour changer le monde, ou bien alors de continuer à laisser nos maitres dominants, tyranniser l’animal, piller le végétal, épuiser le minéral, polluer le vital, s’enrichir sur nos vies et maintenant celles de nos enfants.
Vous voyez, plus que jamais, il faut se méfier de ce que l’on désire et se rappeler, trois fois par jour, que manger… c’est voter !

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